DOUKOULA L’enjeu politique enterre l’école

Dans une correspondance adressée au DRESEN, au DDESMD et au proviseur du lycée, le président de l’APEE, Sina B. Richard, décrit une « situation urgente ». L’établissement a besoin de 33 enseignants dont 14 pour la section francophone et 19 pour la section anglophone alors que 682 élèves sont provisoirement inscrits. Le nombre d’élèves risque de diminuer rapidement, plusieurs familles ayant déjà envisagé de scolariser leurs enfants à Yagoua, Maroua ou Mokolo. « Les parents se sentent désemparés face à l’éventualité de voir leurs enfants partir vers d’autres villes », écrit le président de l’association.

L’APEE formule plusieurs demandes concrètes : affectation d’enseignants qualifiés dans les disciplines déficitaires, redéploiement d’enseignants du système anglophone actuellement affectés dans des établissements non fonctionnels de l’arrondissement, remplacement de ceux qui ont quitté l’établissement, et appui des élites pour le paiement des vacataires. Une liste détaillée des besoins est jointe au courrier.

Un contexte politique local qui alimente les interrogations

La fermeture du second cycle anglophone intervient dans un arrondissement où les enjeux politiques sont particulièrement sensibles. Doukoula est la localité d’origine du secrétaire d’État auprès du ministre des Enseignements secondaires chargé de l’Enseignement normal, deuxième personnalité du ministère en matière de planification et d’affectation des enseignants. Cette personnalité est également décrite comme l’une des principales ressources du RDPC dans l’arrondissement de KAR-HAY.

Selon plusieurs sources locales, un conflit oppose depuis 2021 ce responsable au député Tabouli Célestin. Ce dernier avait alors remporté la présidence de la section Rdpc du Mayo-Danay Sud-Ouest II, unité politique qui couvre l’arrondissement. Depuis, des rumeurs circulent sur la volonté de « faire tomber » le député. Dans ce climat, la fermeture d’un cycle d’enseignement dans le lycée de la localité d’origine du secrétaire d’État nourrit une perception populaire selon laquelle les intérêts partisans primeraient sur ceux de la population.

À trois ou quatre mois des élections législatives et municipales, cette situation risque d’éroder l’image du Rdpc dans la zone. Des habitants s’interrogent ouvertement sur la capacité ou la volonté des autorités compétentes à résoudre rapidement une pénurie qui touche directement la jeunesse de Doukoula.

L’APEE a multiplié les destinataires de son courrier (DRESEN, DDESMD, sous-préfet de Kar-Hay, proviseur, élites). Les parents attendent désormais des décisions concrètes. Dans l’immédiat, la question reste posée : la crise éducative de Doukoula relèvera-t-elle uniquement d’un problème de gestion des ressources humaines, ou continuera-t-elle d’être lue à travers le prisme des rivalités politiques locales ?

Par la rédaction

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